Légalisation du cannabis : Un gouvernement frileux

Photo: vulgariz.com

Le débat sur la légalisation ou la dépénalisation du cannabis revient régulièrement dans le pays. Vincent Peillon, ministre de l’éducation nationale a jeté un pavé dans la mare, le 14 octobre dernier dans l’émission « Tous politiques », se déclarant favorable à la dépénalisation du cannabis, tout comme Cécile Duflot, il y a quelques mois. Le chef du gouvernement, Jean-Marc Ayrault s’est de nouveau prononcé contre une telle mesure, en réponse à l’appel de Jean François Copé (UMP), de se positionner face à ces déclarations. 

Occulter tout débat sur le cannabis ne règle pas le problème, c’est comme cacher la poussière sous le tapis. « Le cannabis est de loin la drogue illicite la plus consommée et la plus disponible en France », remarque l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT). Le chiffre d’affaires annuel issu de la vente du cannabis en France est estimé à plus de 832 millions d’euros (1). D’après ses dernières estimations, l’OFDT constate que 33 % des adultes de 18 à 64 ans ont déjà fumé de l’herbe en 2011, soit plus de 13 millions de personnes, avec près de 4 millions d’occasionnels et 1,2 millions de réguliers (plus de 10 fois dans le mois). C’est aussi « la première substance illicite consommée par les adolescents. Son expérimentation progresse rapidement entre 11 et 17 ans. En 2011, 41,5 % des jeunes de 17 ans déclarent avoir fumé du cannabis au cours de leur vie ». En comparaison aux autres pays d’Europe, la France se distingue clairement pour être le seul pays avec un niveau d’usage de cannabis largement supérieur à 15 %, soit 25 %, et une législation des plus répressives en termes de substances illicites.

Cartographie des législations en Europe

Légalisation, une solution ?

A l’heure où la ville d’Amsterdam décide de garder ses coffee shops ouvert à tous, ne serait-il pas judicieux de réfléchir à une légalisation du cannabis en France, vu tous les problèmes causés par les trafics de rue ? La politique de prohibition menée depuis 40 ans est un échec et coûte cher à l’État. Les dépenses publiques s’élèvent à près de 1,5 milliard d’euros par an pour toutes drogues illicites (2), dont 300 millions pour les seules interpellations de trafiquants. Or, 90 % des interpellations liées aux stupéfiants résultent d’usage de cannabis.

Le gouvernement devrait se concentrer sur la répression des délinquants, non pas des consommateurs ; mais aussi sur la prévention et l’éducation sur l’usage des drogues dès le collège, afin de connaître les risques et les besoins de première nécessité en cas de badtrip ou d’overdose (surtout pour les drogues durs). Il est utopiste aujourd’hui de penser que la prohibition va éradiquer le cannabis. Il faut traiter le problème, en engageant une politique d’encadrement. C’est ce que prône le député PS de Paris, Daniel Vaillant, depuis 2011 avec un rapport qui divise au sein de la gauche (voir la vidéo ci-dessous).

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Organisation mondiale de la santé (OMS) et pressions politiques

En 1998, l’hebdomadaire « New Scientist » fait éclater une polémique sur l’objectivité des rapports publiés par l’OMS. Le magazine américain accuse l’OMS de subir des pressions politiques, suite à la dissimulation d’un rapport remis en 1995 sur les conséquences du cannabis en termes de santé publique. Dans ce document intitulé « Cannabis: A health perspective and research agenda », les experts concluent qu’« il y a de bonnes raisons d’affirmer que (le cannabis) n’est pas susceptible de rivaliser sérieusement avec l’alcool et le tabac en termes de risque pour la santé publique ».  À l’époque l’OMS s’est justifiée à travers un communiqué de presse international.

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Sources :

(1)    http://www.ofdt.fr/BDD/publications/docs/cdemarch.pdf

(2)    http://www.ofdt.fr/BDD/publications/docs/epfxpkm4.pdf

(3)    http://www.ofdt.fr/ofdtdev/live/produits/cannabis/general.html

(4)    http://www.ofdt.fr/BDD/publications/docs/dcc2012.pdf

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Une réflexion au sujet de « Légalisation du cannabis : Un gouvernement frileux »

  1. On pourrait ajouter, en plus des économies réalisées sur les moyens de la police, qu’à effectif constant, celle-ci pourrait se recentrer sur la lutte contre les drogues dures. Et surtout, cela libérerait les places de prisons occupées par des petits trafiquants qui n’ont rien à y faire, si ce n’est se frotter à de plus gros poissons qui les entraînent vers une criminalité plus dure.
    Par ailleurs cela lèverait la suspicion sur les fabriquant d’articles à base de chanvre qui n’ont rien à voir avec la drogue !

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